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24 avril 2020

Déconfinement, santé publique et écoles

Déclaration de la FSU 81 – 24 avril 2020

Déconfinement, santé publique et écoles

Le prĂ©sident Macron, surprenant beaucoup de monde Ă  commencer par la plupart des scientifiques mais sĂ»rement attachĂ© Ă  montrer qu’il dĂ©cide seul, a annoncĂ© le 13 avril le dĂ©confinement du pays Ă  partir du 11 mai en commençant par les Ă©tablissements scolaires hors universitĂ©s tandis que restaurants, cafĂ©s, cinĂ©mas, salles de spectacle mĂŞme petites devront rester fermĂ©s.

C’est donc presque l’ensemble du monde du travail qui est concernĂ© par cette annonce qui signifie le redĂ©marrage complet des transports publics (et des transport scolaires) dont les Ă©pidĂ©miologistes prĂ©cisent qu’ils sont le vecteur numĂ©ro 1 de la propagation du virus.

Le tout alors que le gouvernement a fait la preuve de son improvisation, de ses discours Ă  gĂ©omĂ©trie variable et au final de sa terrible et coupable incapacitĂ© Ă  fournir le matĂ©riel de protection Ă©lĂ©mentaire y compris dans les hĂ´pitaux. Plusieurs mois après le dĂ©but de la crise et les alertes de l’OMS, il est inconcevable que notre pays, 6ème puissance du monde, manque encore de masques et de tests mĂŞme pour les personnels soignants !

La question qui se pose dès lors Ă  tout citoyen doit ĂŞtre celle de la santĂ© publique : Ă  la lumière de ce que disent les scientifiques (OMS, Institut Pasteur, INSERM...), Ă  la lumière des expĂ©riences des pays Ă©trangers (le Japon refermant les Ă©coles une semaine après les avoir rouvertes), Ă  la lumière aussi du discours des soignants qui s’inquiètent vivement d’une reprise des contaminations, est-il seulement raisonnable d’envisager le dĂ©confinement le 11 mai ? N’est-ce pas prendre le problème Ă  l’envers que de fixer arbitrairement une date et chercher ensuite dans l’urgence comment parvenir Ă  dĂ©confiner alors que le gouvernement explique lui-mĂŞme que le R0 (coefficient de transmission de l’épidĂ©mie - si le R0 est infĂ©rieur Ă  1, l’épidĂ©mie dĂ©croĂ®t , s’il repasse au-dessus de 1, l’épidĂ©mie croĂ®t) devrait se situer autour de 0,6 le 11 mai, ce qui signifie le virus ne sera pas Ă©radiquĂ© ? Le gouvernement prend un risque majeur : celui que ce taux remonte au-dessus de 1 dès la levĂ©e du confinement et donc que l’épidĂ©mie redĂ©marre.

Le seul domaine sur lequel nous ne pouvons pas avoir de doute est que cette réouverture répond tout à fait aux demandes pressantes du MEDEF qui depuis plusieurs jours réclamait la reprise rapide du travail.

Pendant le confinement, il y avait ceux qui travaillaient sur leur lieu de travail (personnel-le-s soignant.e.s, pompier.e.s, Ă©boueurs, caissières...), ceux qui travaillaient de chez eux en tĂ©lĂ©travail (essentiellement les professions intermĂ©diaires et les catĂ©gories supĂ©rieures mĂŞme si certains Ă©taient contraints eux-aussi d’aller au travail), ceux qui ne travaillaient plus (chĂ´mage partiel ou technique, arrĂŞt de travail etc…). Parmi les ouvriers, près de 56% Ă©taient Ă  l’arrĂŞt, le plus souvent en touchant le salaire du chĂ´mage partiel (contre environ 30% sur les autres catĂ©gories sociales). Tout l’enjeu pour l’Etat et le MEDEF est donc de « remettre au travail » ces ouvriers « payĂ©s Ă  rien faire » depuis le dĂ©but du confinement, quitte Ă  ce que ce soit au pĂ©ril de leur vie et au risque quasi certain d’un redĂ©marrage de l’Ă©pidĂ©mie.

Ceci nous amène au second terme du dĂ©bat et qui concerne spĂ©cifiquement l’Ă©cole.

Les personnels de l’Éducation Nationale mesurent les difficultĂ©s importantes liĂ©es au confinement et d’abord dans les familles populaires marquĂ©es notamment par des conditions de logement difficiles et par la prĂ©caritĂ©. Pour nombre d’enfants, l’Ă©cole est un lieu oĂą l’on peut se retrouver, soi-mĂŞme et avec les autres.

De mĂŞme, mais cela concerne toutes les classes sociales, la question des violence conjugales et familiales prend une dimension encore plus dramatique que d’habitude.

En ce sens, il est souhaitable que les Ă©tablissements scolaires puissent rouvrir le plus vite possible.

Mais pas dans n’importe quelle conditions ni Ă  n’importe quel prix. Une rĂ©ouverture ne peut pas s’improviser, elle doit se prĂ©parer et s’effectuer dans des conditions sanitaires limitant au maximum les possibilitĂ©s de contamination.

Cela passe nĂ©cessairement par des campagnes de tests prĂ©alables et rĂ©gulières de tous les usagers et personnels de l’EN. Cela passe aussi par la mise Ă  disposition de matĂ©riels en nombre et en qualitĂ© suffisantes. A ce sujet, les inquiĂ©tudes sont vives : le ministre de la SantĂ© vient de dĂ©clarer que les scientifiques n’Ă©taient pas unanimes sur le port des masques ( !) et E. Macron annonçait des tests seulement pour les personnes prĂ©sentant des symptĂ´mes. Ce qui, notamment pour les enfants, est particulièrement incomprĂ©hensible dans la mesure oĂą ils ont très souvent asymptomatiques…

En outre, l’utilisation des locaux, de la cantine mais aussi des transports scolaires, la mise en place des distances sociales et des gestes barrière dans toutes ces situations posent des questions loin d’ĂŞtre rĂ©solues, de mĂŞme que les possibilitĂ©s rĂ©elles de dĂ©sinfection des locaux, des tables, des claviers, sans parler des livres des CDI…

Mais mĂŞme dans ces conditions, il n’est pas garanti que les usagers seraient protĂ©gĂ©s : un enseignant peut-il faire cours avec un masque ? Les enfants peuvent-ils respecter toute la journĂ©e les gestes barrière ? Peuvent-il rester Ă  deux mètres de distance pednant la rĂ©crĂ©ation ? …

Et qui portera la responsabilitĂ© d’une contamination dans un plusieurs Ă©tablissements ? De fait, le risque est grand que le gouvernement se dĂ©charge de la mise en Ĺ“uvre et des consĂ©quences du dĂ©confinement sur les hiĂ©rarchies locales et les collectivitĂ©s territoriales.

Enfin, nous regardons avec beaucoup de mĂ©fiance la volontĂ© du pouvoir de s’en remettre au volontariat des familles. Volontariat pour les Ă©lèves qui permettrait en gros aux classes supĂ©rieures de protĂ©ger leurs enfants en les gardant Ă  la maison mais qui exposerait les enfants d’ouvriers eux obligĂ©s d’aller Ă  l’école de par l’obligation faite Ă  leurs parents de retourner travailler sur site.

Au final, la FSU 81 souligne le risque d’une rĂ©ouverture prĂ©cipitĂ©e des Ă©tablissements scolaires dans le redĂ©marrage de l’épidĂ©mie susceptible de conduire Ă  devoir reprendre des mesures plus strictes dans les jours ou semaines qui suivent.

A l’inverse, il convient de donner le temps de prĂ©parer la rĂ©ouverture, y compris en attendant que le R0 soit descendu davantage.

En particulier en prĂ©parant dès aujourd’hui la rentrĂ©e de septembre et en mettant en adĂ©quation la rĂ©alitĂ© avec les dĂ©clarations d’intention de tenir compte des inĂ©galitĂ©s. Pour lutter contre celles-ci, ce n’est pas d’une reprise prĂ©cipitĂ©e dont nous avons besoin mais d’un plan d’ensemble pour l’Éducation Nationale : il est urgent de revenir sur les contre-rĂ©formes dans l’Éducation et de donner Ă  celle-ci les moyens de fonctionner dans les sens de l’Ă©galitĂ© et du dĂ©veloppement des aptitudes de chacun et de tous : annuler les suppressions de postes de la carte scolaire 2020-2021 ; recruter davantage d’enseignants, de surveillants, d’infirmières et de mĂ©decins scolaires, de psy-EN, d’assistantes sociales… afin de mieux encadrer les Ă©lèves dans les Ă©tablissements ; redĂ©ployer le moyens Ă©conomisĂ©s durant cette pĂ©riode (en HSE notamment) pour programmer sĂ©rieusement des dispositifs de rattrapage et de soutien…

Et dans le même temps, il faut enfin penser un déconfinement qui n’ait pas pour seule raison les besoins de l’économie.

Les Français, les familles, nos Ă©lèves, nous-mĂŞmes souffrons du confinement. Mais il est nĂ©cessaire de conjuguer dĂ©confinement et santĂ© publique pour empĂŞcher toute rĂ©surgence de l’Ă©pidĂ©mie. Alors que le confinement a permis d’Ă©viter plus de 60000 morts dans notre pays, cela passe dès aujourd’hui par un dĂ©confinement qui autorise Ă  sortir plus longtemps et plus loin avec les membres de notre foyer tout en interdisant encore la concentration des individus sur certains lieux de travail et dans les transports.

Cet « alter-dĂ©confinement » passerait forcĂ©ment par une application stricte des gestes barrière et de la distanciation sociale, mais permettrait de respirer, de souffler, et d’avancer très progressivement. Enfin, il devra ĂŞtre assorti d’un indispensable plan d’urgence et d’une veille sociale permettant de surmonter les difficultĂ©s financières et personnelles des plus en difficultĂ©.

Tout le contraire de ce qui est annoncé actuellement.

 

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