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30 mars 2012

La nouvelle école capitaliste

Un ouvrage de l’Institut de Recherches de la FSU sur les évolutions des politiques scolaires et les enjeux d’aujourd’hui

Les transformations des systèmes éducatifs ne sont guère compréhensibles si on les isole des évolutions économiques, sociales et politiques de ces trente dernières années.

Les systèmes d’enseignement connaissent une mutation progressive qui obéit à un nouveau modèle. Ce modèle combine 2 aspects complémentaires : l’incorporation économique, qui les transforme en vastes réseaux d’entreprises de formation de capital humain, et la compétition sociale généralisée, qui devient le mode de régulation du système lui-même.

De façon délibérée les gouvernements successifs, et spécialement ces dernières années, ont mis en œuvre une politique de détérioration des conditions d’études des élèves et des conditions d’emploi des professeurs. La destruction de dizaines de milliers de postes, l’absence de formation des nouveaux enseignants, la stratégie de précarisation de l’emploi, la paupérisation des chercheurs et des enseignants... L’école, la recherche et la culture sont devenues les cibles prioritaires d’une politique qui, au nom de la rigueur, entend rémunérer le moins possible et faire travailler le plus possible celles et ceux qui contribuent à la création de richesses dans ce qu’ils nomment l’économie de la connaissance.

Cette politique s’est mise en place au travers d’une série de lois qui ont profondément changé le fonctionnement de l’État. Fernand Braudel dans La Dynamique du capitalisme écrivait : « Le capitalisme ne triomphe que lorsqu’il s’identifie avec l’État, qu’il est l’État »

Nous nous en rapprochons un peu plus tous les jours.

Ce qui fait la force des attaques des libéraux contre les services publics en général et le Service Public d’Éducation en particulier, c’est de ne jamais proposer une vue globale de l’objectif final. Nous nous battons tous les ans contre un nouvelle loi sans avoir une vue correcte du plan d’ensemble. Nous nous opposons à chaque pièce du puzzle sans jamais avoir une vue complète de ce que sera le tableau fini.

Quelques pièces mises en place ces dernières années :

Août 2001 : vote de la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finance) qui introduit une obligation de performance dans la gestion de l’État. La gauche plurielle décide de convertir l’encadrement public à la culture managériale. La droite aura à cœur de continuer l’œuvre entreprise.

2002 : réforme LMD dans le supérieur : c’est l’intégration de l’université française dans le marché mondial de l’éducation dans le cadre de l’union européenne.

2007 : loi LRU (loi relative aux Liberté et aux Responsabilités des Universités) C’est la mise en place de l’université entrepreneuriale avec autonomie et fonds privés.

Juillet 2007 : mise en place de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) qui vise à passer en revue toutes les politiques publiques sous l’angle de leur efficacité.

Février 2008 : le rapport Pochard préconise l’autonomie des établissements, la mise en concurrence avec la publication des résultats, l’avancement au mérite. C’était le premier pas vers le décret du 28 juillet 2010 sur la notation des enseignants qui devrait entrer en vigueur en 2013.

Avril 2008 : le rapport Silcani sur l’ »avenir de la fonction publique » précise la nouvelle gestion publique à la française. C’est le management par la performance avec mobilité, licenciements, contrats privés , rémunération au mérite... La promotion d’un fonctionnaire sera fonction des résultats obtenus dans le cadre des objectifs du Ministre de passage. On rentre dans une logique de punition / récompense en fonction des résultats mesurés dans des évaluations et de la capacité de l’agent à servir le pouvoir en place.

2010 : réforme du lycée qui fera diminuer les redoublements, augmenter la taille des classes et verra la mise en place de l’accompagnement personnalisé, premier pas vers des contrats d’objectifs et d’évaluation en fonction desquels seront distribuées les récompenses. Les libéraux travaillent sur le long terme avec pour objectif de revenir sur tous les acquis de la libération. La bourgeoisie, qui avait largement soutenu le fascisme dans la collaboration était alors prête à faire des sacrifices pour sauver les meubles face à une opposition qui était victorieuse et armée.

1947 : plan Langevin Wallon de qui estimait qu’il n’est de véritable formation que celle qui offre une large place à la culture, propose un vaste tronc commun pour tous les enfants, qui deviendront ainsi, quel que soit leur destin ultérieur, des citoyens et des travailleurs conscients et responsables . Il prévoyait une scolarité gratuite laïque et obligatoire jusqu’à 18 ans. Il n’a jamais été appliqué, la guerre froide et le plan Marshall ont redonné la main à la bourgeoisie dès 1948. Les années 60 : la scolarisation de masse se met en place, elle garde encore pour objectif la construction des connaissances, le développement de la pensée, la construction d’un citoyen autonome et responsable. Les mouvements pédagogiques, dans l’élan de mai 68 vont largement imprégner une génération d’enseignants.

Les années 80 : C’est dans la construction européenne que les gouvernements, au nom de l’harmonisation des normes et de la communauté d’objectifs, vont imposer une transformation radicale des systèmes éducatifs européens sans débat dans chaque pays. 29 mai 2005 : les français votent majoritairement à 55% contre le traité de Lisbonne.

4 février 2008 : Il fallait une majorité des 3/5èmes des votants du congrès pour ratifier le traité, les français se verront déposséder de leur choix par la majorité UMP assistée par l’abstention de nombre de députés de gauche sans qui ce déni de démocratie n’aurait pu avoir lieu. Le traité de Lisbonne c’est la mise en place de l’économie dite de la connaissance qui n’est que celle de la formation de salariés dociles et efficaces au service de l’entreprise.

Comment évaluer des compétences comme « s’affirmer de manière constructive » ou des injonctions au respect de l’État comme « savoir reconnaître et respecter les symboles de la Nation ») et de la Science « respect de la vérité rationnellement établie ». La tâche de l’enseignant sera désormais d’inculquer ces comportements et de contrôler, par le livret, que l’élève est bien conforme aux « référentiels de compétences » qui y sont définis. D’ailleurs, qui les a définis et dans quel but ?

Les compétences ont été fixées par décret du Ministère de l’éducation nationale d’après les « compétences-clés » définies par l’OCDE et la Commission européenne, qui voulaient assurer ainsi « la capacité d’adaptation, la flexibilité et la mobilité des futurs travailleurs. » Le projet est clair : mettre l’école au service de l’entreprise en alignant les « grilles d’évaluation » scolaire sur les « référentiels de compétences » qu’emploient les services de ressources humaines. Le temps est venu de mettre fin à ce dévoiement de l’école au service des entreprises.

Depuis 20 ans les enseignants, les chercheurs et la jeunesse scolarisée se sont mobilisés contre l’ensemble des politiques néolibérales.

Depuis la mobilisation contre le CIP (Contrat d’Insertion Professionnelle) le SMIC-JEUNES de Balladur en 1994, l’hiver 95 et le printemps 2003 qui a fait apparaître le rôle crucial des secteurs professionnels de l’enseignement, de la recherche et de la culture.

Si 2003 fut une défaite, il préparait les 3 grandes secousses de 2005-2006 :

  • Le NON au référendum constitutionnel au printemps 2005
  • La révolte des banlieues de l’automne 2005
  • Le mouvement anti-CPE victorieux de mars-avril 2006

Ces 3 évènements politiques et sociaux ont ceci en commun qu’ils ont été dirigés contre contre les aspects les plus caractéristiques de la société néolibérale :

  • La constitutionalisation de la société de marché avec le Traité Européen.
  • La segmentation sociale et raciale de l’espace urbain sur fond d’islamophobie rampante.
  • La modification du droit du travail instituant la précarité comme régime normal d’entrée dans la vie professionnelle des jeunes.

Puis ce furent :

  • les mobilisations étudiantes contre la loi LRU en 2007-2008,
  • le blocus des lycées par les élèves contre la loi Darcos en 2008
  • le mouvement des enseignants-chercheurs contre le décret réformant leur statut et l’organisation de leur métier de février à mai 2009
  • la bataille contre la deuxième réforme des retraites en 2010

Aujourd’hui la place et l’existence même des services publics dans le fonctionnement de la société française sont un des enjeux politique de l’élection présidentielle.

Le service public d’éducation est à la fois un enjeu :

  • d’organisation de la société, dans des missions de service public réalisées par des fonctionnaires indépendants ou des salariés d’entreprises privées guidées par le seul profit
  • d’organisation de l’état, dans un fonctionnement autoritaire ou démocratique,
  • de formation des citoyens de demain adultes et responsables ou de salariés / consommateurs qui se laisseront déposséder de leurs droits par les entreprises.

Répondre à la question « Quelle école voulons-nous demain ? », c’est répondre, au moins à ces 6 questions :

  • Quelle place pour l’école dans la société ?
  • Quelle formation initiale et continue, organisée par qui et avec quels moyens ?
  • Quels contenus d’enseignements, et qui en décide ?
  • Quelle formation, initiale et continue, pour les enseignants et qui en décide ?
  • Quelle organisation du système éducatif, aussi bien en termes d’aménagement du territoire (école communale ou cantonale, gros lycées et collèges ou service public de proximité) qu’en termes d’organisation des structures (autonomie des établissements, mise en concurrence, pouvoir hiérarchique) ou de rythme scolaire pour les élèves et les enseignants ?
  • Et comme les travailleurs de la formation initiale et continue sont aussi des salariés, quelle évaluation, quel salaire et quelle progression de pouvoir d’achat pendant la carrière ? C’est la reconnaissance des qualifications contre la place que certains voudraient faire au « mérite » et donc à l’obéissance au petit chef. Cette question s’inscrit dans un débat plus large, celui du pouvoir d’achat et des grilles de salaires.

Cet article a été écrit à partir de « La Nouvelle École Capitaliste » écrit par Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément et Guy Dreux, tous membres de l’Institut de Recherche de la FSU . Ce livre peut être commandé à la section du Tarn.

 

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